Présentations des plantes des réunions

 

 

 

 

 

 

Voilà un genre à l’histoire un peu mouvementée, mais assez simple à suivre. Lorsque Linné a pu observer ses premières orchidées tropicales, frappé par leur caractère épiphyte, il a construit dès 1737 un nom scientifique descriptif très vague : épi – dendrum : « sur – arbre ». Toutes les espèces épiphytes étaient donc vouées à se rassembler dans cette sorte de fourre-tout, et ce fut le cas pour presque toutes les orchidées du Nouveau Monde jusque vers 1800, date à laquelle on précisa quand même les classements des espèces. A la publication de son « Species Plantarum », en 1753, Linné ne dénombrait encore qu’une quinzaine d’Epidendrum. Vers 2000, après de multiples révisions, on dépassait encore largement le millier d’espèces, en provenance de toute l’Amérique tropicale, depuis la Caroline du Nord jusqu’au sud de l’Argentine, avec une forte concentration au Mexique et le long de la cordillère des Andes.

Suite aux révisions successives, les Amblostoma, Barkeria, Dimerandra, Encyclia, Jacquiniella, et Oerstedella ont été retirés du genre pour diverses raisons, notamment la forme de leur rostellum. (D’autres transfuges plus ou moins acceptés par les botanistes : Anacheilium (2004) ; Artorima ; Coilostylis (2004) ; Hormidium (1977) ; Kalopternix (1976) ; Meiracyllium ; Nanodes ; Neolehmannia ; Nidema (1920) ; Pollardia (2004) ; Psychilis, Seraphyta, …). De nombreux remaniements sont encore à l’étude, et plusieurs sous-genres pourraient devenir prochainement des genres à part entière. C’est actuellement Eric Hàgsater, de Mexico, qui a pris en mains leur recensement, leur classement et leur description définitive. (Voyez l’article qui vous présente son travail dans la rubrique « nouvelles, infos …). 

On estime donc le nombre actuel d’Epidendrum à un millier d’espèces environ, ce qui en fait le plus important genre des continents américains, et un des plus importants au monde après les Bulbophyllum, Dendrobium et Pleurothallis. Classés dans la tribu des Epidendreae et la sous-tribu des Laeliinae, ce sont en tous cas de proches parents des Cattleya, Laelia et autres Barkeria, et de très proches parents des Encyclia.

 

Commençons d’ailleurs par les petits trucs pour différencier Epidendrum et Encyclia qui sont  souvent confondus : les tiges des Epidendrum sont souvent fines, et même « bambusiformes », alors qu’elles deviennent de vrais pseudobulbes chez les Encyclia. Les feuilles des Epidendrum sont cylindriques ou plates ; elles sont plus charnues, voire coriaces chez les Encyclia. Le labelle des Epidendrum est entièrement soudé à la colonne ; celui des Encyclia ne l’est que partiellement, ou en est même distinct. Enfin, les fleurs des Epidendrum sont toujours resupinées ; certaines Encyclia ne le sont pas (ces dernières ont d’ailleurs été récemment regroupées dans le genre Anacheilium).

 

Les Epidendrum sont des plantes sympodiales, très diversifiées à tous points de vue : par leur croissance épiphyte, lithophyte ou terrestre ; par leur taille, menue ou imposante ; par leur port érigé ou rampant ; par la présence ou l’absence de rhizome visible. Les pousses de nombreuses espèces prennent l’allure de cannes, parfois longues et effilées comme des bambous, mais certaines sont épaissies en vrais pseudobulbes. Les feuilles, alternes ou opposées, plutôt coriaces, sont persistantes. 

Les inflorescences, de taille variable, naissent parfois à l’aisselle des feuilles, et très souvent à l’apex de la pousse. Les fleurs sont volontiers regroupées en grappes ou en  panicules ; elles présentent souvent des sépales et pétales fins et allongés, perpendiculaires ou en retrait de l’ovaire qui les porte, et un labelle souvent élargi et lobé, bombé, brillant, vernissé, perpendiculaire à la colonne. Beaucoup sont discrètement parfumées.

Des caractères botaniques plus distinctifs mais discrets : le rostellum est fendu et le viscidium qu’il produit est semi-liquide ; le labelle est attaché à la colonne, formant un tube nectarifère qui entre dans le pédicelle, et la fleur compte la plupart du temps quatre pollinies. Ceci dit, ces caractères botaniques qui les identifient continuent à évoluer, au fil des révisions.

 

 

La biologie des Epidendrum est presque aussi variée que leur morphologie : ils poussent dans des biotopes fort divers, depuis les basses plaines tropicales jusqu’aux étages alpins ; dans des forêts de nuages constamment humides ou passant par de brèves périodes de repos. Cependant, ces plantes semblent fort adaptables et sont réputées de culture facile.

La majorité des espèces prospère en climat tempéré, quelques-unes préfèrent la fraicheur. Une ombre très légère, des arrosages fréquents et un peu d’engrais en période de croissance ; une bonne luminosité, et une humidité moyenne en hiver (rares sont les espèces qui réclament un vrai repos): avec une bonne ventilation toute l’année, ce régime leur convient la plupart du temps. 

Le rempotage aura lieu tous les 2-3 ans. Les espèces dites lithophytes croissent en fait sur de la mousse ou des rochers couverts d’humus ; elles s’adaptent sans problème à un compost classique d’épiphyte, additionné d’un peu terreau de feuilles, mais elles réclament toujours un excellent drainage. 

De manière générale, seules les petites espèces peuvent se cultiver sur plaques de liège ou dans des paniers peu profonds ; les plus imposantes et celles qui forment de vrais pseudobulbes prospèrent plutôt en pots. Bien sûr, il faut penser à lester et à fixer les pots des espèces bambusiformes : leur port haut et étroit les rend faciles à renverser.

Ces espèces bambusiformes peuvent refleurir sur une même inflorescence ; il faut donc éviter de les endommager, et ne pas couper les vieilles cannes défeuillées.

A noter : la littérature est parfois très contradictoire dans la description des conditions de vie et les consignes de culture : plein soleil ou mi-ombre ? Semi-repos ou aucun assèchement ? Difficile de se faire une religion a priori pour chaque espèce en particulier. D’où prudence au moment de choisir et observation au quotidien ! 

 

De nombreuses espèces ont été introduites en culture dès la première moitié du XIX siècle et les plus attrayantes sont restées des classiques des collections généralistes. Actuellement, on trouve toujours un petit nombre d’espèces en pépinières, entre 15 et 25 €. Mais ce choix est vraiment restreint et ne suffirait pas à alimenter la passion d’un collectionneur spécialisé. L’importation s’impose donc pour celui qui craquerait devant la variété des espèces. Et puisqu’il serait impossible de rendre justice en quelques pages à toutes les espèces attirantes, fascinantes ou seulement intéressantes, voici une très petite sélection, inspirée par la fréquence dans la littérature généraliste, dans les collections, les expositions, et les catalogues des producteurs. Ces espèces sont regroupées assez arbitrairement, par simples ressemblances biologiques ou morphologiques.

 

 

Nous commençons avec les Coilostylis. Ce sous-genre spectaculaire est bien connu des amateurs, mais est tellement différent des autres Epidendrum qu’il en a été distingué comme genre à part entière en 2004. Une proposition qui ne fait pas encore l’unanimité.

Ce (sous-)genre rassemble des plantes selon des critères hétérogènes de port et de floraison : Epidendrum cuspidatum, E. falcatum, E. oerstedii, E. parkinsonianum, E. latifolium, E. lacertinum, E. nocturnum, E. viviparum. Ces espèces ont souvent (pas toujours) un pseudobulbe très court (2-3 cm), prolongé par une feuille grande, très épaisse, cylindrique, effilée et pendante. Ces plantes à cultiver en suspension, en serre tempérée, sont assez tolérantes et peuvent devenir volumineuses et pesantes. En font clairement partie Epidendrum parkinsonianum, E. falcatum, E. oerstedii, pour citer les plus connus.  S’en distinguent Epidendrum nocturnum et E. ciliare, dont la végétation est tout autre. 

Un autre critère de regroupement, qui concerne plus les goûts de l’amateur : l’allure générale de la fleur, particulièrement séduisante et différente des autres Epidendrum. Au bout d’une courte hampe, deux ou trois fleurs présentent des pétales et sépales étroits et allongés, voire filiformes, de couleur claire, dirigés pers l’arrière ou courbés vers l’avant ; un labelle blanc, trilobé, avec un lobe central effilé et dépassant nettement les deux lobes latéraux. 

 

Epidendrum nocturnum est l’espèce type du genre, décrit en 1760 ; son épithète fait allusion à son parfum uniquement nocturne.  Epiphyte commune des forêts humides ou sèches, plutôt à basse altitude (donc de climat plutôt chaud), mais pouvant monter jusqu’à 2000 mètres, ses tiges atteignent  presque 1 mètre. Les fleurs, d’un diamètre de 6 cm, sont spectaculaires et élégantes : pétales et sépales sont filiformes, jaune verdâtre ; le labelle est  blanc. L’espèce est connue pour sa propension à l’autofécondation, donc à une fanaison prématurée, chez les jeunes sujets.

Epidendrum ciliare est une des plus anciennes espèces connues, décrite par Linné lui-même et cultivée depuis 1790. Epiphyte ou lithophyte, sa végétation a l’apparence d’un Cattleya et peut former de très grosses touffes très denses. Commune et très répandue jusque 2500 mètres, elle est même cultivée dans les espaces publics.  Ses fleurs très fines présentent  un labelle trilobé aux lobes latéraux fortement ciliés, et au lobe central filiforme très allongé. De culture très facile en climat tempéré-chaud, elle demande une forte lumière. 

Epidendrum parkinsonianum est un des plus connus du (sous-)genre Coilostylis, mais est souvent confondu avec E. falcatum : c’est une espèce épiphyte et lithophyte, entre 1500 et 2300 mètres d’altitude ; de port retombant, la plante peut atteindre deux mètres de long ; ses feuilles cylindriques, charnues, mesurent jusqu’à 25-30 cm ; l’ensemble peut former une plante grande et lourde, à cultiver en suspension solide.

L’inflorescence compte de 1 à 3 fleurs, au bout d’un ovaire de 6-12 cm. Pétales et sépales étroits, de 10 cm, vert-jaune ; labelle blanc trilobé, dont le lobe médian filiforme mesure jusqu’à 4 cm. 

Les floraisons, parfumées, sont très étalées sur l’année, mais se concentrent au printemps et durent facilement 6 semaines. La plante tolère de forts écarts de températures (hivernage jusqu’à 8°C) et une ombre légère ; elle ne réclame pas de repos marqué, mais préfère un arrosage soutenu au début de la floraison, jusqu’à la maturité des nouvelles pousses.

Epidendrum falcatum ressemble beaucoup au précédent, et a été souvent considéré comme un simple synonyme. L’espèce est fort rare et limitée au Mexique, entre 1400 et 1600 mètres. Il n’a été trouvé en compagnie d’ E. parkinsonianum qu’en une seule région, où il a produit un hybride naturel (Mexique, Etat du Guerrero), ce qui suggère que les pollinisateurs ne sont pas spécifiques. 

Epidendrum oerstedii est une autre épiphyte très proche des deux précédentes, peu courante, et tout aussi somptueuse.

 

 

Parmi les espèces « bambusiformes », un groupe important présente des fleurs fort analogues, regroupées en panicules au sommet d’une hampe droite, à l’apex de la pousse : les fleurs sont rouges ou oranges, avec le centre du labelle jaune, et les bords du labelle fortement frangés. Citons entre autres Epidendrum ellipticum, E. elongatum, E. ibaguense, E. radicans, E. cinnabarinum... Cette inflorescence imite celle des Lantana (les plantes qui décorent aussi nos intérieurs), qui poussent dans le même environnement ; ce mimétisme permet à l’orchidée de détourner à son profit les insectes pollinisateurs du Lantana, créant ainsi une relation semi parasite, puisque l’insecte ne reçoit aucun dédommagement pour son butinement. 

Deux de ces espèces, Epidendrum ibaguense et E. radicans sont souvent confondues, et même présentées comme des synonymes. Commençons par les distinguer : E. ibaguense a un port érigé et n’a de racines qu’à la base des pousses, tandis que E. radicans, au port  rampant, produit des racines sur toute la tige, à chaque nœud (d’où son nom de radicans); ajoutons que la colonne d’E. ibaguense, de 10 à 12 mm, est arquée, tandis que celle de E. radicans est droite et ne dépasse pas 8 mm. Autre point d’insistance : ces deux espèces demandent beaucoup plus de lumière que les autres, et réclameront notre plein soleil.

Epidendrum ibaguense est une plante terrestre ou épiphyte, érigée jusqu’à 1 mètre, d’allure assez variable. L’espèce est courante dans le nord de l’Amérique du sud, entre 750 et 1500 mètres (climat tempéré- chaud), où elle pousse parmi les herbes en lumière intense, et fleurit surtout en octobre. Elle demande un mois de repos après sa floraison. Elle est à l’origine des nombreux hybrides de petite taille, rouges, oranges, jaunes, ocres, qui ont envahi les commerces il y a quelques années et ont quasi disparu maintenant.

Epidendrum radicans , « l’orchidée crucifix », est très commune et répandue en Amérique Centrale (son origine aussi est bien différente de E. ibaguense). Terrestre ou lithophyte, elle se rencontre en tous terrains dégagés, en plein soleil, sur les bordures des routes, sur les rochers ou en forêts claires, entre 900 et 2000 mètres. Elle peut atteindre 3 mètres de haut, mais son port est plus volontiers rampant, et puisqu’elle forme de nombreux rejets et pousses latérales racinées (presque à chaque nœud), la plante s’étale en touffes parfois très larges. L’amateur devra la contenir avec des tuteurs pour limiter son extension. 

A l’extrémité de hampes assez longues, de nombreuses petites fleurs regroupées en sphère s’épanouissent progressivement, et peuvent présenter divers coloris, orange, rouge et jaune. Comme chez les espèces proches, le labelle frangé présente un centre jaune. La plante fleurit sans discontinuer, surtout en hiver. Elle s’adapte à la serre tempérée-chaude, en position très lumineuse et doit être maintenue toujours un peu humide, dans un substrat bien drainé.

Epidendrum imatophyllum, assez proche, vit toujours en association avec des fourmis, qui établissent leur nid dans l’écheveau de ses racines. On le trouve d’ailleurs quelquefois associé aux spectaculaires Coryanthes, eux aussi myrmécophiles. La culture, en climat chaud,  est présentée par A. Pridgeon comme difficile, en raison de la grande quantité d’azote que réclame la plante, et qui lui est fourni normalement par la fourmilière.

Epidendrum pseudepidendrum, autre bambusiforme, est rare et menacé dans sa région d’origine, l’Amérique Centrale, où on le trouve jusqu’à 1200 mètres. L’espèce est grande (jusqu’à 2 mètres). Ses pousses non ramifiée sont dégarnies à la base et feuillues dans la moitié supérieure. La floraison attire toujours l’attention : chaque inflorescence compte de 1 à 5 fleurs spectaculaires : sépales et pétales verts sont rabattus vers l’arrière, et le labelle, aux bords légèrement frangés, est tellement charnu et cireux qu’il évoque spontanément une boule de plastique ; sa couleur, orange pour l’espèce type et jaune vif pour la variété semi-album, est particulièrement flashy. Cette floraison, en été et en automne, est de longue durée. La plante prospérera en serre tempérée, à mi ombre, sans connaître de repos trop marqué. Une star qui ne s’oublie pas, presque kitsch, mais tellement étonnante !

Parmi les innombrables espèces plus petites, aux cannes moins érigées, citons

Epidendrum anceps, épiphyte ou lithophyte, mesure jusqu’à 70 cm. Commun et répandu dans de larges gammes de biotopes, il est représentatif de nombreuses espèces botaniquement incontournables, mais d’intérêt horticole un peu secondaire.

Epidendrum difforme (« aux apparences multiples ») : une des premières espèces importées en Europe. Plante épiphyte semi pendante, son port et sa floraison assez variables ont été source de grandes confusions chez les botanistes et les collectionneurs (on en connaît au moins une quinzaine de synonymes). L’espèce, de taille moyenne (jusqu’à 40 cm), est répandue des Antilles à la Floride et au Venezuela et est courante au Mexique. Selon les derniers développements de la botanique, l’espèce type serait plutôt centrée sur les Antilles. Une centaine d’autres espèces très proches, celles qui poussent sur le continent (Amérique du Sud et Centrale), forment un complexe encore confus d’espèces désignées comme « affinis difforme », c’est-à-dire « voisines du difforme ». 

L’espèce au sens large occupe des milieux naturels divers et contrastés : plaines humides et chaudes, savanes, montagnes fraîches jusqu’à 3000 mètres. On la trouve aussi bien au bord des rivières qu’en zones arides, en plein soleil.

Réputée de culture facile, elle s’adapte au pot ou à la caissette en suspension, en climat  tempéré-chaud ; préférant une ombre très légère, presque le plein soleil, elle est tolérante à la sécheresse atmosphérique (de 45 à 85 %), mais la motte autour des racines doit être maintenue toujours légèrement humide.

L’inflorescence en ombelle rassemble une dizaine de fleurs de 5 à 8 cm, verdâtres tirant vers le jaune et le blanc, charnues, un peu translucides. 

Epidendrum stamfordianum (souvent écrit stanfordianum), est largement réparti, des basses terres à 600 mètres d’altitude ; cette  épiphyte de taille moyenne (40 cm) se développe sur des arbres isolés ou en forêts claires et humides, comportant une saison sèche bien marquée. Son inflorescence en panicule regroupe de nombreuses petites fleurs parfumées, aux  coloris presque chamarrés : les pétales et sépales jaunes sont marqués de taches pourpres ; le labelle trilobé, frangé, est blanc marqué de jaune et de pourpre. (La variété des basses plaines de l’est de la Colombie est plutôt colorée de rose). La floraison survient en fin d’hiver et au  printemps. La plante se cultivera en serre tempérée-chaude, à l’ombre légère, avec une  hygrométrie moyenne et un semi repos hivernal.

 

Epidendrum prismatocarpum, est souvent illustré dans les livres pour son inflorescence spectaculaire, mais reste rarement présenté dans le détail ; originaire d’Amérique Centrale, sa floraison de fin d’été est également parfumée.

Epidendrum capricornu, de petite taille, semble aussi méconnu, mais mérite toute l’attention du collectionneur pour ses tons rose et lilas très délicats.

Epidendrum peperomia, petite plante rampante, épiphyte ou lithophyte, pousse dans des forêts qui alternent saison sèche et humide, en climats tempérés-chauds. La plante s’étale et forme de vastes ensembles à l’allure de coussins constellés de nombreuses fleurs brillantes relativement grandes.

Epidendrum porpax est une petite espèce des forêts humides de montagne, qui se développe en coussins comme la précédente, et se couvre de petites fleurs cireuses et brillantes ; elle préfère un climat plus frais (minima de 10 °C) et plus humide toute l’année.

Epidendrum medusae, originaire d’Equateur, est plutôt petite (25 cm), mais ses fleurs sont spectaculaires et attirent l’attention dans les expositions : grandes, mélangeant les tons vert-jaune, pourpre et brun foncé ; le labelle, en particulier, est très large, profondément frangé, et pourpre foncé. La floraison se produit plutôt en mai. Epidendrum microcharis lui ressemble un peu, mais son labelle est nettement plus petit.

Epidendrum ilense présente des tiges longues et fines ; son inflorescence compte de trois à quatre fleurs pendantes, aux pétales et sépales plutôt petits, mais au gros labelle blanc extrêmement frangé. Ces fleurs se succèdent pendant de longues semaines et les tiges défeuillées continuent à fleurir durant des années. Chaleur et humidité toute l’année sont nécessaires.

Non seulement sa floraison est spectaculaire, mais cette plante peut servir de  symbole de la fragilité des espèces, et de l’importance de la conservation ex situ. Petite histoire, telle que je l’ai entendue à mes débuts d’orchidophile et relue par la suite : l’espèce a été découverte en 1976. Elle était endémique d’une région très restreinte de l’Equateur ; les botanistes qui l’ont découverte n’ont trouvé que trois exemplaires, sur un arbre qui venait d’être abattu dans une zone en pleine déforestation. Aucune autre station dans la région n’a été découverte : le seul biotope de l’espèce avait été détruit, et l’espèce n’était représentée que par ces trois exemplaires. Ces rescapées ont été confiées au Selby Botanical Gardens (Floride), dont le Centre de Micropropagation Eric Young a vainement essayé de les autopolliniser, et a choisi de les cloner. Quelques fécondations ont fini par réussir, et l’espèce a été réintroduite dans une réserve, près de sa zone d’origine ; elle est même disponible pour tous les amateurs. Mais cette reproduction en vase clos n’assure aucun croisement génétique, et son existence est purement artificielle : son potentiel génétique, définitivement figé,  restera inopérant pour assurer son avenir naturel. A moins que l’on ne découvre d’autres sites naturels de l’espèce.

Quelques hybridations ont également diffusé ce patrimoine génétique : Epidendrum Pink Cascade (croisé avec E. revolutum) ; ou encore E. Plastic Doll, croisé avec E. pseudepidendrum, mais cette plante ressemble fortement à un simple E. pseudepidendrum semi-album, c'est-à-dire à labelle jaune, peu frangé.

 

A ce sujet, soulignons que les Epidendrum ont été très rarement hybridés. En cherchant bien, on peut trouver quelques Epicattleya (un type de croisement initié par M. De Clerck, à Vilvoorde) ; et un classique déjà ancien, créé par Veitch en 1890, Epiphronitis Veitchii, qui rassemble le port et la couleur rouge vif marqué de jaune d’Epidendrum radicans et la petite taille de Sophronitis coccinea.

 

Surpris de ne pas avoir vu apparaître les Epidendrum cochleatum, cordigerum, vespa, vitellinum et autres brassavolae ? C’est que ces espèces ont été transférées depuis belle lurette chez les Encyclia (qu’elles ont déjà quittées, dans certains cas). C’est donc une autre histoire, dont nous reparlerons prochain

 

 

 

François.