Présentations des plantes des réunions

Les Zootrophion

 

Le nom générique vient du grec « zootrophion » qui veut dire « ménagerie, ensemble d’animaux », car la plupart des plantes présentent en même temps un ensemble de fleurs à raison d’une à la fois par tige. L’ensemble ressemble à une foule de têtes d’animaux.

Le genre Zootrophion a été établi en même temps que le genre Ophidion par C.A.LUER en 1982. Ces plantes appartenaient à l’origine au genre Masdevallia, puis sont passées chez les Pleurothallis, ont été transférées dans les Cryptophorantus, et finalement ont été rassemblées dans les Zootrophion, qui comptent actuellement entre 15 et 20 espèces.

 

Caractéristiques et diffusion du genre :

Le genre se distingue par un grand développement de tiges partant du rhizome. Ces tiges, surmontées d’une seule feuille et aussi longues que la feuille elle-même, se composent de morceaux complètement imbriqués les uns dans les autres, et entourés à chaque embranchement de bractées. Les racines sont extrêmement fines et ne se déploient pas très loin de la plante. Les inflorescences se forment à la fin de la tige, à la base de la feuille.

Elles se composent de courtes fleurs, une par tige, dont les sépales latéraux sont recouverts par les dorsaux de telle façon que l’ensemble présente des ouvertures en fente de chaque côté, surnommées « fenêtres ». Les sépales renferment ainsi les tout petits pétales et le minuscule labelle.

Toutes les espèces poussent en épiphytes. Elles se trouvent dans les régions d’Amérique Centrale et du Sud, du Costa Rica jusqu’en Bolivie, et pour l’une d’entre elles, aux dernières nouvelles, des Antilles jusqu’au sud du Brésil.

Leur endroit de prédilection est la moyenne montagne (en-dessous de 1500 m) dans les Andes, mais certaines espèces vivent jusqu’à 2500 m d’altitude, d’autres à la hauteur de la mer.

 

Quelques espèces :

Zootrophion atropurpureum : 

Synonymes : Sprecklinia atropurpurea ( Lindl), Pleurothallis atropurpurea ( Lindl),

Masdevalia fenestrata ( Lindl ex Hook), Cryptophoranthus atropurpurea ( Lindl) Rolf, 

Cryptophoranthus schenkii Cogn , Zootrophion schenkii (Cogn) Luer.

Etymologie : le nom atropurpureum vient du latin et signifie pourpre foncé, de la couleur des inflorescences.

Cette espèce de grandeur moyenne a d’abord été décrite par Lindley en 1835 sous le nom de Specklinia atropurpurea d’après un spécimen venant de Jamaïque. Elle deviendra l’espèce la plus courante dans les collections publiques ou privées.

Cette orchidée est endémique à deux endroits : les Grands Antilles (Jamaïque, Cuba, Haïti / République Dominicaine) et le Sud-Brésil (de l’arrière-pays de Rio de Janeiro jusqu’à Santa Catarina). Son milieu de prédilection se situe entre 0 et 1300 m.

La tige mesure entre 4 et 7 cm et porte un pétiole de 1cm surmonté d’une seule feuille étroite, en forme d’ellipse de 6 à 10 cm de long et d’environ 2 cm de large. Chaque tige porte une seule fleur à la fois, mais la fleur se renouvelle deux à trois fois. La « fenêtre » d’environ 4 cm se trouve à la moitié avant de la fleur. Les pétales de forme ovale, longs de 4 mm et le labelle de 5 mm de long sont invisibles, enfermés dans les sépales soudés.

 

Zootrophion dayanum : 

Synonymes : Masdevallia dayana Rchb. F. , Cryptophoranthus dayana (Rchb.F.) Rolfe, 

Cryptophoranthus lehmannii Rolfe

 

Etymologie : ainsi nommée en l’honneur de J.DAY de Londres qui a peint une aquarelle et l’a envoyée à Reichenbach.

Cette orchidée grandit en Amérique du Sud et se retrouve de la Colombie et du Venezuela jusqu’en Bolivie en passant par l’Equateur et le Pérou. Elle se développe entre 1000 et 2500 m . La première description eut lieu après 1880, d’une plante provenant de Colombie. La taille  de ce Zootrophion est particulièrement grande. Même les fleurs mesurent plus de 4 cm et il appartient donc aux plus grands du genre. Les tiges mesurent entre 7 et 15 cm. La feuille unique, elliptique et dressée verticalement sort d’un support d’environ 1 cm de long. Elle mesure entre 8 et 13 cm de long pour 4 à 7 cm de large. Les feuilles plus anciennes se colorent de pourpre à la face antérieure. Du pétiole supérieure sort une succession de fleurs uniques, allant du jaune clair jusqu’au brun clair tacheté de taches rouges-violets.

La « fenêtre » est également relativement grande, parce que les sépales ne sont soudés entre eux que de 5 mm de chaque côté. Ainsi on peut voir l’intérieur des sépales avec leurs taches très rapprochées et la partie supérieure de la fleur. Les pétales ovales mesurent 4,5 mm de long pour 3 mm de large. Le labelle mesure également 4,5 mm sur 1,5 mm de large seulement.

 

Zootrophion endresianum : 

Synonymes :  Cryptophoranthus endresianum Kraenzl.

Etymologie : nommée en l’honneur de R.A. Endres qui récolta d’abord l’espèce au Costa Rica. 

Cette espèce relativement grande ne vient pas uniquement du Costa Rica, bien que la première y fut trouvée, mais aussi du Nicaragua, du Panama, de Colombie et d’Equateur. Elle se développe à une altitude de 600 à 1800 m.

Les tiges atteignent une hauteur de 6 à 11 cm et se terminent par un pétiole de 1 cm de long duquel sort une seule feuille elliptique de 7 à 14 cm de long pour 4 à 7 cm de large.

Les fleurs uniques de 2,5 à 4 cm de long sortent de la base de la feuille et se succèdent de 2 à 4 fois. Quelquefois, on peut voir plusieurs fleurs en même temps. La plupart du temps, elles pendent. Les sépales sont jaune clair, plus ou moins tachetés de pourpre.

Alors qu’au temps de Luer, on a dessiné cette fleur avec des « fenêtre »longues et étroites, en culture chez nous ou au Costa Rica, cette fleur n’a aucune « fenêtre ». C'est-à-dire que les 3 sépales ont sans aucun doute grandi ensemble. Les pétales enfermés de forme presque carrée, ont une pointe très courte au bout et mesurent 4,5 mm. Le labelle situé au dessus est jaunâtre et rouge. Il mesure 5 mm de long pour 1,5 de large.

 

Zootrophion gracilentum : 

Synonymes : Masdevallia gracilentum , Cryptophoranthus gracilentus, Cryptophoranthus lepidotus.

Etymologie : vient du latin « gracilentus », « particulièrement gracieux », à cause de la différence entre la plante très petite et la fleur de grande taille.

C’est une sorte exclusivement d’Amérique Centrale, du Nicaragua jusqu’à Panama, et qui vit de préférence à une altitude de 700 à 1200 m.

La longueur des tiges est de 3 à 7 cm. La feuille unique de forme elliptique sort d’un pétiole assez long (1,5 cm) et mesure entre 5 et 10 cm de long sur 2 à 4 cm de large. Les feuilles anciennes se colorent de pourpre en-dessous. Il y a une seule fleur par tige, mais la plante peut produire jusque 4 hampes à la fois. Les fleurs mesurent 1,5 cm et se dressent bien droites. Les sépales, de couleur pourpre foncé présentent une seule petite « fenêtre »de 3 à 4 mm sur le milieu de la longueur. Les pétales, invisibles de l’extérieur sont pratiquement rectangulaires et mesurent 3,5à 4 mm  de long pour 2,5 mm de large. La longueur du labelle, rouge foncé est de 4 mm.

 

Zootrophion niveum Luer et Hirtz : 

Etymologie : vient du latin « niveus », « blanc comme la neige ».

Cette espèce fut trouvée en 2001 dans la Cordillère del Cutucu en Equateur, à une altitude d’environ 900 m. Elle fut décrite par C.A.Luer en 2004 et est étroitement apparentée à Zootrophion oblongifolium.

Les plantes de grandeur moyenne développent des tiges d’environ 9 à 11cm, qui possèdent 5 à 6 nodosités entourées de bractées.

Au bout de la tige se trouve une feuille longue de 11 à  13 cm de long (support inclus) sur 3 à 3,5 cm de large. La hampe florale mesure entre 0,8 et 1,1 cm, l’ovaire 0,4 cm.

Les sépales sont d’un blanc pur et forment une fleur triangulaire pendante. Le sépale dorsal est pratiquement ovale, concave, pointu, et long de 1,7 cm, large de 0,5 cm ; il est soudé hermétiquement au labelle de sorte qu’il n’y a pas de fenêtre. Le sépale dorsal ne grandit pas comme le labelle. Les sépales latéraux sont charnus, mesurent 1,9 cm de long sur 0,4 cm de large, poussent à l’intérieur et ont une pointe de 0,1 cm. Les pétales blanc transparent sont de forme presque carrée et se terminent en courte pointe . Le labelle allongé, trilobé et en forme de lance, mesure 0,5 par 0,15 cm et présente dans la première moitié une forme elliptique pointue bien découpée.

La longue colonne puissante de couleur blanche est dentelée au bout.

 

Zootrophion oblongifolium :

Synomymes : Cryptophoranthus oblongifolius ROLFE

Etymologie : du latin « oblongus », « long » et « folium », « feuille ». Cette dénomination est due à ses longues feuilles que l’on retrouve dans d’autres espèces découvertes plus tard.

Cette espèce a fleuri pour la première fois en 1894 dans le Jardin Botanique de Glasnevin en Ecosse. Elle a été envoyée à Kew Garden (Londres) aux fins d’identification et fut décrite par ROLFE en 1895.

Elle vit dans les Andes, de la Colombie jusqu’au Pérou en passant par l’Equateur, à une altitude assez élevée (entre 1500 et 2000 m).

Cette plante est de grandeur moyenne. Mais de petites plantes, encore jeunes, peuvent fleurir. Les tiges mesurent entre 4 et 9 cm et sont divisées en 4 ou 5 tronçons  entourés de feuilles de séparation. La longue feuille unique et pointue mesure entre 6 et 10 cm (incluant le fourreau de 1 cm) de long, et entre 2 à 3,5 cm de large. La plante en elle-même ne se distingue pas des autres Zootrophions.

Les inflorescences sont cependant bien typiques. De couleur crème rayées de rouge, les fleurs  poussent par en-dessous et mesurent 2 à 3 cm de long. Il existe cependant certains spécimens avec des inflorescences plus courtes qui développent plusieurs fleurs à la fois. Les pétales rectangulaires d’environs 3 mm par 3,5 mm se terminent en pointe. De couleur crème rayé au milieu d’une étroite ligne violette, ils sont un peu  transparents. Le labelle trilobé de 5 mm par 1,5 à 2 est blanc parsemé de rose.

 

Zootrophion vulturiceps 

Synonyme : Cryptophoranthusvulturiceps

Etymologie : du latin « vulturiceps », « en tête de rapace », en rapport avec l’aspect avant courbé de la fleur.

Cette espèce est cultivée et collectionnée à partir de 1972. Elle a fleuri en 1977 et fut classée en 1979 dans l’espèce Cryptophoranthus par LUER, puis déplacée en 1982 dans les Zootrophion.

Elle est endémique au Costa Rica où on la trouve entre 350 et 1700 m d’altitude.

La plante de grandeur moyenne a des tiges de 5 à 7,5 cm de long terminées par un fourreau  de 1,5 cm dans lequel s’emmanche une feuille unique longue de 6 à 10 cm et large de 2 à 3 cm. Les fleurs uniques successives sortent moitié dressées, moitié pendantes du fourreau de la base de la feuille. La fleur de 3 cm de long n’est pas uniquement caractérisée par sa forme spéciale, mais aussi par sa couleur, d’un blanc net. La  nouvelle description  en 2004 par LUER et HIRTZ précise que cette espèce est connue en Equateur. La fenêtre de 3 mm se situe dans la partie avant de la fleur. Les pétales blancs,  allongés et pointus, de couleur blanc-jaune ( longueur 4,5 mm sur 2 mm de large) et le labelle, blanc-jaune, en forme de lance, sont enfermés dans les sépales et sont donc invisibles.

 

 Description d’une nouvelle espèce : Zootrophion erlangense.

Cette épiphyte qui pousse en touffes a des racines très fines et une tige pouvant mesurer 8 cm, divisée en 2 ou 3 tronçons. A chaque subdivision, la tige est entourée d’un fourreau tubulaire presque sec, attaché à la base, et qui s’élargit vers le haut. Sur la tige se dresse en oblique une feuille dont les bords se recourbent. Cette feuille, verte au dessus et vert clair dessous est traversée en son milieu par une nervure. Elle mesure 7 cm par 3,5 cm. La nervure dépasse du bord de la feuille à l’avant, donnant l’impression que la feuille se termine par 3 pointes. La base est cunéiforme et s’insère sur 2 cm dans la tige. L’inflorescence dotée d’une seule fleur (rapidement suivie d’une seconde) se développe à partir de la tige à la base du feuillage. 

La tige florale tubulaire, de couleur vert pâle, mesure entre 0,5 et 0,7 cm de long. Elle a à sa base 2 bractées membraneuses qui entourent la tige et mesurent 0,2 à 0,3 cm de long. A la pointe, il y a également des bractées sèches. C’est du centre de ces bractées que se développe la fleur avec la colonne, courbée mais bien distincte, dont la tige rouge pâle mesure entre 0,7 et 1,1 cm, tandis que le gynostème est vert et mesure entre 0,5 et 0,7 cm. Il est parcouru de côtes et de sillons dans le sens de la longueur. Pétales et sépales vont du crème au vert clair et sont pointillés de rouge. Le grand sépale dorsale est de forme elliptique, étroit et se termine par 3 pointes. Celles à l’extérieur sont plus courtes et la centrale est arrondie. Le labelle étroit se soulève à la base et est bordé de chaque côté par un lobe relevé vers l’arrière. La base du labelle est rouge carmin, le devant plutôt blanc et la pointe est blanchâtre. L’excroissance à la base du labelle est arrondie, sphérique et rouge carmin. La colonne légèrement courbée va du blanc au crème.

Cependant, Zootrophion erlangense serait le Zootrophion niveum, mais s’en distinguerait par les sépales (dorsal et latéraux) qui pousseraient soudés ensemble sur une longueur de 0,5  cm, ménageant ainsi une « fenêtre » visible, par la colonne côtelée et par la couleur de la fleur de couleur crème à vert clair ponctuée de rouge, ainsi que par la faible croissance de la plante.

L’étymologie « erlangense » vient de la latinisation du nom de la ville « Erlangen ». C’est dans le jardin botanique de l’université de cette ville que les deux auteurs Roeth et Rysy ont découvert cette espèce et l’ont décrite. Elle y était cultivée depuis 20 ans.

 

Culture des Zootrophion :

A part quelques exceptions, les Zootrophion poussent en montagne à des altitudes moyennes, entre 1000 et 1500 m. Cela signifie une culture tempérée. Seules les espèces issues d’altitudes plus basses (jusqu’au niveau de la mer parfois) demandent plus de chaleur.

Epiphytes, elles demandent un endroit mi-ombré à clair, mais pas le plein soleil.

Elles ne doivent jamais être sèches et demandent donc un arrosage régulier, mais qui laisse sécher rapidement le substrat, surtout en hiver.

De par leur taille, on peut les cultiver ensemble avec d’autres espèces semblables dans de petits pots ou des paniers remplis de substrat pour épiphytes.

Une autre méthode bien tolérée est la culture sur écorce. La base doit être bien fixée et entourée par du substrat ; l’avantage est qu’ainsi l’eau en surplus est directement évacuée et les nouvelles pousses risquent moins de pourrir.

A la base de la tige des vieilles feuilles, là où les hampes florales apparaissent, peuvent se former de nouvelles pousses, que l’on peut cultiver comme une nouvelle plante dès que les racines sont suffisantes.

Les floraisons interviennent principalement en automne et en hiver pour les plantes en culture.

 

 

Traduit (et abrégé) de Wolfgang RYSY,  

"Zootrophion Luer 1982 - Aperçu du genre et description d'une nouvelle espèce ", 

 

dans " Die Orchidee",  volume 58, Nr.2007-2.

 

Claudette